Au vu des résultats des pilotes Honda cette année, il est légitime de se demander si la RC213V est la meilleure moto du plateau, ou si elle est au contraire uniquement développée pour Marc Márquez et que son pilotage est trop particulier pour que ses collègues puissent s’y adapter. En effet, hormis l’Espagnol, aucun autre pilote de la marque n’est dans le coup cette saison.

Cal Crutchlow a fait illusion à la première course, mais se montre en difficulté depuis, sans compter Jorge Lorenzo qui n’a toujours pas trouvé de solution aux problèmes qu’il rencontre. Seul Takaaki Nakagami affiche une belle régularité, sans toutefois être en mesure de se battre pour le podium, mais surtout avec une version du châssis plus ancienne. La question de la compétitivité de la RC213V est plus que jamais au centre de toutes les attentions.

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“Un gars m’a demandé quelles étaient les différences entre les motos, pourquoi l’une d’entre-elles gagne et les autres non, et j’ai dit que c’est le pilote. Et il a trouvé ça très amusant, ou il pensait que je mentais, mais nous avons la même moto. L’un est capable de la piloter et les deux autres pas aussi bien”, explique Crutchlow, visiblement peu amusé par la situation. Il est vrai que l’Anglais a réalisé une très belle saison 2018, malheureusement stoppée par une blessure en Australie, et s’attendait à continuer sur sa lancée cette année, avant de se rendre compte que la partie allait être plus compliquée, avec des soucis importants en entrée de virage, causés par le frein moteur.

“Ce n’est pas simple”, déplore-t-il. “Mais peu importe à quel point nous avons du mal, il faut donner du crédit à Honda, ils font de leur mieux. Nous avons du mal [en entrée de virage], mais ils travaillent très dur pour améliorer cela. Pour le moment ça n’est pas le cas, mais ils travaillent très dur pour nous donner de meilleures sensations dans ce domaine. Le problème que j’ai personnellement est que je n’ai pas un bon feeling avec le frein moteur et sa stabilité, mais je n’ai pas non plus de bonnes sensations avec l’avant, donc dans la phase suivante du virage… C’est comme un double effet kiss cool ! L’an dernier, si nous avions des problèmes en entrée de virage, nous avions ensuite de bonnes sensations avec l’avant donc nous pouvions tourner, etc.”

Résultat, à part un podium au Qatar et une première ligne en qualifications aux États-Unis, le pilote LCR n’a jamais été dans le coup, et a toujours suivi la bataille pour le podium de loin. Il comptabilise en effet deux huitièmes places à Jerez et au Mugello et une neuvième position au Mans, en plus d’un résultat blanc à Austin et d’un classement au 13e rang en Argentine lié à une pénalité pour un départ volé. Pire, il voit son jeune coéquipier, Nakagami, revenir dangereusement sur lui au classement général. Avec seulement deux points de retard désormais, le Japonais pourrait bien dépasser son aîné à Barcelone si une situation similaire à celle du Mugello se reproduit. En Italie, il a en effet terminé pour la première fois devant Crutchlow.

Alors qu’il faisait partie des hommes forts du championnat l’an dernier, le pilote de 33 ans joue les seconds couteaux cette saison, quand Márquez, qui dispose de la même machine, a déjà remporté trois courses et décroché deux autres podiums. Pourtant, Crutchlow maintient que Honda n’écoute pas uniquement le Champion du monde en titre : “Non, non. C’est très difficile d’essayer de progresser… Je leur donne toujours des informations et ils écoutent toujours ce que j’ai à dire. Les problèmes que nous avons sont exactement les mêmes, c’est juste que Marc arrive à piloter [cette moto] et moi non.”

L’Anglais défend par ailleurs le constructeur japonais, qui fait selon lui “tout ce qu’il peut pour progresser”, mais les résultats parlent d’eux-mêmes. “Marc mène le championnat. C’est ce qui est toujours difficile dans notre situation”, concède-t-il.

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Si la RC213V tend à être malgré tout plus adaptée au style de l’Espagnol, Crutchlow envisagerait-il d’apporter des modifications à sa façon de piloter ? “Ça ne veut rien dire. On ne peut pas juste copier quelqu’un et dire qu’on va apprendre. Le style de pilotage de Marc est le sien, il est meilleur que moi là-dessus, il est meilleur pour piloter ce package. C’est aussi simple que ça. Je n’ai pas de sensations pour pouvoir faire ça. C’est comme ça. Si tous les pilotes faisaient ça, ils seraient ex æquo avec leurs coéquipiers à chaque course. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Je [fais] de mon mieux.”

Le circuit de Barcelone ayant souvent peu réussi au numéro 35, difficile de savoir ce qu’il pourra y réaliser cette semaine. Sa belle quatrième place décrochée l’an dernier, l’un de ses rares bons résultats sur la piste catalane, pourrait toutefois être de bon augure.

Avec Michaël Duforest