Dimanche 1er mars, dans la soirée, les instances dirigeantes ont annoncé l’annulation du Grand Prix du Qatar pour la catégorie reine. Censé se tenir à partir du jeudi suivant, il devait comme chaque année donner le coup d’envoi du championnat, moins de deux semaines après les derniers essais de la pré-saison. Entre ces tests et la rentrée des classes tant attendue, les pilotes étaient rentrés chez eux pour un dernier repos associé à la touche finale apportée à leur préparation physique. Tous étaient prêts à reprendre la direction du Qatar, valises bouclées ou presque, et l’un d’eux, Aleix Espargaró, était même déjà de retour sur place pour quelques jours de vacances en famille…

Avant que la situation sanitaire ne s’aggrave de jour en jour, faisant prendre conscience d’une manière de plus en plus accrue de la gravité de ce que vit le monde actuellement, l’annonce de l’annulation de cette première course a été pour les pilotes un coup d’arrêt parfois difficile à encaisser d’un point de vue mental. “On est habitués à ce que tout soit rythmé de façon précise”, explique Andrea Dovizioso auprès de Sky Italia.

“Les dates sont celles-là, les horaires aussi. On est habitués depuis des années à certaines choses précises, plus que dans d’autres sports. Ne pas avoir ces points fixes est donc pour nous un coup dur au niveau mental, parce qu’on est habitués à s’organiser autour de ces moments précis, c’est donc un peu déstabilisant. On est habitués mentalement chaque année à être prêts pour la même date. Elle approche et alors on fait tout à la perfection et puis au final… on ne part pas.”

Lire aussi :

Dans la foulée, les trois Grands Prix suivants ont été reportés, repoussant le début du championnat de deux mois au gré d’annonces qui se sont multipliées au fil des jours et qui ont été comme autant de coups de massue supplémentaires pour les pilotes. “Nous qui sommes habitués à courir, courir, tout faire en vitesse en essayant d’éviter certains engagements pour se concentrer exclusivement sur la performance… on se retrouve dans une situation complètement opposée. Faire des choses nous manque, et c’est difficile. On ne pense pas à se reposer, on a juste envie de dire ‘je voudrais aller faire ceci, cela, je voudrais, je voudrais…’ Mais c’est la réalité et on fait avec”, concède Dovizioso.

Un entraînement différent

Dans ces circonstances, le pilote Ducati tente de s’adapter comme chacun. Confiné à son domicile de Forlì, en Italie, il maintient son rythme d’entraînement avec les moyens dont il dispose chez lui. “Heureusement, depuis un peu plus d’un an, j’ai un local à côté de la maison où j’ai mes motos et où je fais ma préparation athlétique. C’est ma salle privée et j’y passe mon temps pour m’entraîner”, explique-t-il.

“Nous ne sommes malheureusement pas libres de faire ce que l’on fait habituellement, de suivre notre routine. On est tous particulièrement limités, mais notre préparation athlétique n’est pas impactée même si notre programme a changé”, assure Dovizioso. “Tout était déjà fixé et prêt pour la saison. Cela ne change rien, au sens où l’on continue à s’entraîner. En sachant qu’on a au moins un mois devant nous, peut-être encore plus, on peut se dédier à certains types d’entraînements qui sont habituellement difficiles à mener avec continuité parce qu’on a peu de temps. Et on peut donc se concentrer sur certains aspects spécifiques, peaufiner la préparation en salle, ce qu’on délaisse quand on doit préparer une course.”

Lire aussi :

Comme son coéquipier et l’ensemble des pilotes, Danilo Petrucci fait contre mauvaise fortune bon cœur et tente de maintenir un entraînement régulier malgré ces conditions exceptionnelles. “Ce qu’il y a de plus moche [pour la préparation] c’est qu’on ne sait pas quand on va pouvoir reprendre. Je continue à m’entraîner mais il est clair qu’on l’intensifiera au fur et à mesure que l’on pourra reprendre”, explique le pilote originaire de Terni et rentré dans sa région pour cette période exceptionnelle.

Le début de la saison MotoGP est pour le moment prévu pour le premier week-end de mai, à Jerez, cependant la situation actuelle et les récents changements annoncés dans d’autres championnats semblent orienter le coup d’envoi du championnat plus tard. À l’instar de Paolo Ciabatti, les responsables d’équipes se disent désormais convaincus que le paddock ne se retrouvera qu’en juin ou juillet. Un tel retard aura pour conséquence de fortement condenser le championnat sur la seconde moitié de l’année, une situation inédite là aussi difficile à appréhender pour les pilotes.