Le Docteur espère que la compétitivité habituelle de la Yamaha sur le circuit Bugatti du Mans l’aidera à vivre un bon Grand Prix de France, pour rapidement oublier Jerez.

Valentino Rossi ne s’en cache pas, il arrive dans la Sarthe après une désillusion, celle d’un GP d’Espagne qui a une nouvelle fois mis en lumière les difficultés récurrentes de la M1, que les pilotes attribuent sans concession à une électronique qui ne progresse pas. Il sait cependant qu’il passe d’une piste qui avait déjà été compliquée pour la Yamaha l’an dernier à une autre qui, elle, avait vu trois pilotes de la marque se battre en tête de course. Rossi avait fini par chuter alors que l’arrivée était toute proche, piégé dans le duel qui l’opposait à son coéquipier, Maverick Viñales, dont ce fut la dernière victoire avant une disette qui dure encore aujourd’hui.

Plus globalement, le Docteur compte 12 podiums au Mans en catégorie reine, dont deux des trois arrivées sur la boîte qu’il lui a été possible d’obtenir avec Ducati. En MotoGP, il s’est imposé trois fois dans la Sarthe, en 2002 (avec Honda), 2005 et 2008 (avec Yamaha). Pourra-t-il retrouver la plus haute marche cette semaine ? Rien n’est moins sûr dans le contexte d’une concurrence exacerbée et d’une Yamaha qui peine à lui donner satisfaction.

Les tests qui ont suivi Jerez étaient très importants. Penses-tu avoir trouvé une chose sur laquelle vous pourrez travailler sur les prochains Grands Prix ?

On arrive d’un moment difficile, parce que je ne suis pas très rapide, très fort. Lors des tests à Jerez et au Mugello, on n’a malheureusement pas trouvé grand-chose, d’autant qu’on n’avait pas beaucoup de choses à tester. On a un peu travaillé sur des détails à Jerez, ensuite au Mugello il s’agissait plus de comprendre l’équilibre de la moto pour le week-end [du GP d’Italie]. Au final, ça n’a été qu’une demi-journée, parce qu’ensuite il a plu. Je pense donc que notre niveau est similaire à celui qu’on avait à Jerez, mais la M1 a généralement bien fonctionné sur cette piste ces dernières années, j’ai toujours été fort. Il faut qu’on comprenne quel est notre niveau cette année en comparaison de nos adversaires, et on verra.

Tu y as signé des podiums et des victoires au Mans, mené une fantastique bagarre contre Maverick l’année dernière… Que représente Le Mans pour toi ?

Je n’ai pas beaucoup gagné ici pendant ma carrière, mais j’ai souvent fait de bonnes courses. J’aime la piste, [avec] ses gros freinages et ses changements de direction. J’ai longtemps couru pour Yamaha et la Yamaha est historiquement bonne au Mans, c’est donc l’une des raisons. Mais j’ai aussi été bon avec la Ducati, j’ai fait deux podiums, c’est donc une bonne piste. C’est d’autant plus le cas après le changement d’asphalte, ils ont fait un travail fantastique. La piste est très lisse, les sensations sont excellentes quand on pilote d’autant que le niveau de grip était très élevé l’année dernière. Nous verrons bien cette année quelles seront les conditions de la piste.

De combien de temps aura besoin Yamaha pour régler ses problèmes ? À quel point cette course est importante pour prouver que la Yamaha peut fonctionner cette saison ?

C’est difficile à dire pour moi. Yamaha travaille, mais peut-être qu’on va avoir besoin de temps pour progresser, pour essayer quelque chose de différent. Généralement pendant la seconde moitié de la saison on a une ou deux semaines de plus pour travailler, mais j’espère qu’on aura progressé avant cela. Cela dépend beaucoup de la piste : ces deux dernières années, d’une piste à l’autre la moto faisait travailler le pneu différemment, alors on pouvait être en difficulté sur un circuit et peut-être que deux semaines plus tard, avec la même moto et le même matériel, on était plus rapides. On verra bien, le niveau est très élevé et tout le monde est très proche, alors pour essayer d’être dans le top 5 il faut de toute façon être proche du vainqueur.

À quoi t’attends-tu sur ce Grand Prix ?

Comme toujours c’est une course importante, parce que je pense qu’il faudra un peu de temps avant d’avoir des nouveautés, ce qu’il nous faut pour progresser. Il va nous falloir faire de nombreuses autres courses et on va voir si on peut être moins en difficulté qu’à Jerez sur les pistes qui sont historiquement bonnes pour nous. Le Mans et le Mugello sont deux pistes sur lesquelles la Yamaha a toujours été bonne et, à mon avis, on y sera mieux qu’à Jerez. Mais il faut voir aussi en fonction des autres, parce que tout le monde est très proche désormais et beaucoup de motos sont très compétitives.

Est-ce que si tu avais pensé avoir encore les mêmes problèmes, cela aurait pu changer ta décision de continuer à courir ou pas ?

Ça fait un moment qu’on est dans cette situation, mais surtout depuis la seconde moitié de la saison dernière, après la pause. Honda avait beaucoup progressé, Ducati l’avait déjà fait, Suzuki l’a fait cet hiver. J’espérais qu’on aurait résolu ça et qu’on aurait été plus compétitifs en 2018. Malheureusement ça n’est pas le cas et on a encore beaucoup de problèmes. Est-ce que ça aurait changé ma décision ?… C’est une bonne question… Mais j’avais encore envie de courir, alors je dirais que probablement non.

Valentino Rossi, Yamaha Factory Racing

Les pneus Michelin semblent avoir un rendement plus régulier cette année. C’est le cas ?

Je suis d’accord. À mon avis, les pneus ont progressé par rapport à l’année dernière. Le pic de performance est peut-être resté identique, mais ils sont plus résistants, Michelin a donc bien travaillé. Ce sont des pneus plus résistants et on arrive à la fin de la course en étant moins en difficulté que l’année dernière.

Il semble, par contre, que vous soyez plus en difficulté que les autres avec ces pneus…

On souffre un peu plus, parce qu’on a des problèmes et qu’on n’utilise pas bien les pneus. Les autres les utilisent probablement moins et ils arrivent dans les derniers tours en étant plus forts. Déjà, on espère progresser en peu de temps, et ensuite on espère pouvoir être un peu plus compétitifs sur nos bonnes pistes, afin d’être devant.

De un à dix, quel est ton degré d’optimisme ?

Difficile de donner un chiffre, mais en général je ne suis pas très optimiste. Ce qu’on a, c’est ça. Pendant les tests, on a essayé vraiment peu de choses. On connaît donc nos limites. Pour l’avenir ? J’ai un optimisme de niveau 10 ! Mais ça n’est pas un choix.