Depuis 2002, les acteurs du paddock MotoGP ont l’habitude de se rendre à Valence pour la dernière manche du championnat. Ce rendez-vous, qui se déroulait précédemment en Argentine, en Australie ou au Brésil, a pris ses quartiers sur le circuit Ricardo Tormo dès la quatrième édition de ce Grand Prix et n’en a plus bougé depuis. Mais une chose a changé toutefois, car alors que la saison s’est peu à peu enrichie, ce déplacement a doucement glissé vers la fin du mois d’octobre, puis début novembre, et depuis l’an dernier il a été repoussé d’une semaine pour une dernière course désormais organisée le 17 ou le 18 novembre.

Cette année, cette date a d’autant plus fait grincer des dents que les conditions météo ont été jugées limites, avec un thermomètre n’atteignant parfois pas les 10°C pour les séances du matin. Pour la course MotoGP, seuls 16°C étaient officiellement enregistrés sur le bitume alors qu’un fort vent d’automne se chargeait de rafraîchir l’atmosphère. “C’est comme pour l’Australie, ce serait une course fantastique si elle avait lieu à un autre moment de l’année”, regrettait Cal Crutchlow.

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Face au manque de sensations et d’adhérence dont se sont plaint les pilotes, Michelin a tenté d’apporter son soutien. “Nous avons conseillé aux équipes de mettre plus de pression dans les pneus, car quand on met plus de pression on génère plus de chaleur”, expliquait ainsi Piero Taramasso, qui se félicitait de l’absence de gros problèmes pour les gommes. “C’est une piste qui, en général, offre peu de grip, l’asphalte n’est pas très agressif et quand les températures sont basses il est plus difficile d’avoir du grip. Les pneus semblent malgré tout assez bien fonctionner.”

Malgré une situation globalement sous contrôle pendant cette manche, Valentino Rossi a toutefois jugé inapproprié de continuer à organiser des Grands Prix dans cette zone du monde à une date aussi avancée. “Pour moi, ça n’est pas une idée fantastique de venir à Valence à la mi-novembre, mais ceux qui organisent le championnat sont espagnols et ils ont beaucoup d’intérêt à faire la dernière course en Espagne. Je pense que c’est la raison. Sinon ce serait mieux de finir le championnat ailleurs, hors d’Europe, à un endroit où il fait plus chaud”, a déclaré le pilote italien.

“Il est vrai aussi que par le passé les températures ont été meilleures, mais ces dernières années ça a vraiment été hivernal”, a-t-il regretté, jugeant que les conditions cette année étaient dangereuses. “Les conditions étaient vraiment à la limite pour organiser une course de moto. […] Courir avec ces températures est très dangereux, et nous l’avons vu dans d’autres catégories, surtout en Moto3, avec de grosses chutes. Pour moi c’est donc un grand risque d’arriver à Valence le 17 novembre. Ces deux ou trois dernières années, on y est arrivé en ‘hiver’, et pour moi avec nos motos et nos pneus, ces conditions sont dangereuses.”

“En 2015, 2016 et 2017, ça n’était pas si mauvais. Il faisait froid, mais pas autant que ces deux dernières années. C’est vraiment l’hiver. L’année dernière il a plu de jeudi à dimanche, cette année il a fait beau mais il faisait 5°C la nuit. Je comprends que pour la Dorna ce soit important de finir le championnat en Espagne, mais c’est l’hiver en Europe ! Ce serait peut-être plus intelligent de mettre Valence avant les trois [outre-mer] et de finir à Sepang où il fait 40°C !”

Des Grands Prix sur deux jours ?

Très remonté, Rossi a rappelé qu’il ne s’agit pas de la seule anomalie du calendrier à ses yeux. “L’autre problème c’est Phillip Island : c’est vraiment dommage d’aller à Phillip Island à la fin de la saison parce que c’est une des meilleures pistes et un des meilleurs week-ends, alors il faut qu’ils le déplacent au début. Mais je crois qu’on en parle depuis des années.”

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Le changement de date du Grand Prix d’Australie, dont l’idée a été relancée par une édition 2019 là aussi fortement perturbée par la météo, est à l’étude de la Dorna et pourrait être mis en place en 2021 bien qu’une course à l’automne reste l’option favorite des organisateurs locaux. Le fait est que le calendrier MotoGP doit à bien des niveaux s’interroger sur la pertinence d’un statu quo, alors que de plus en plus de pays frappent à la porte de la Dorna pour intégrer le programme et que le cap des 20 manches sera atteint la saison prochaine. Une réduction des essais privés a déjà été mise en place et s’accentuera l’année prochaine, mais certains s’autorisent à évoquer des modifications plus radicales, comme la condensation des Grands Prix sur deux et non plus trois jours.

“Pour moi, la ligne à suivre maintenant est la même qu’aux États-Unis : en NBA ou en sports mécaniques ils font 43 courses ou matches sur un an [sic], et ils réduisent le week-end, qui peut commencer le samedi”, pointe Valentino Rossi. “Chaque course semble maintenant être un business, donc si on en fait 21, il faut multiplier les choses par 21 au lieu de les multiplier par 18. À l’avenir, ça semble donc devoir aller plus dans ce sens. Alors, oui, ça peut être une idée, on peut faire une manche simplement sur les journées de samedi et dimanche. C’est différent, mais je ne pense pas que ce soit impossible.”

Avec Michaël Duforest