Parmi les 15 chutes observées pendant le sprint de Jerez, samedi, celle de Pecco Bagnaia a la particularité de ne pas avoir été causée par les conditions de piste. Le pilote Ducati, qui espérait tant rattraper un début de championnat mitigé et marquer de gros points, n’a pas été au-delà du deuxième tour, pris dans un accrochage dans le premier virage de la boucle suivante.

Alors en bagarre dans le groupe fourni et animé qui tentait de suivre Jorge Martín, il s’est retrouvé pris en sandwich entre Marco Bezzecchi, à sa gauche, et Brad Binder, à sa droite, et n’a pu éviter le contact et la chute. Au préalable, Bezzecchi avait décroisé et Binder avait plongé à la corde de ce virage à droite.

Les commissaires se sont rapidement penchés sur l’incident, pour finalement acter qu’il n’appelait aucune sanction. Sans chercher à polémiquer, Bagnaia a néanmoins fait comprendre sa désapprobation. “Un incident de course. C’est la décision de la direction de course, c’est leur travail. C’est comme ça”, a-t-il commenté. “Pour moi, dépasser deux pilotes sur le vibreur, ça n’est pas la bonne trajectoire. Mais je ne suis pas là pour pénaliser qui que ce soit.”

Questionné pour savoir si la faute revenait au pilote placé à l’intérieur ou à celui qui se trouvait à l’extérieur, le champion en titre a ajouté : “Il est clair que ça a été causé par le gars qui était à l’intérieur.”

 

Interrogé à son tour, Brad Binder a nié toute responsabilité dans l’incident : “J’étais sur la trajectoire normale, du moins à l’entrée. Je viens de voir sur la vidéo que, OK, quand je suis arrivé à la corde j’étais plus serré que la normale, c’est sûr.”

Pour le Sud-Africain, tout a commencé dans le virage précédent, alors qu’il avait manqué une attaque sur Marc Márquez et avait failli être désarçonné par sa KTM. “J’avais eu un petit highside en sortant du dernier virage et ils m’étaient passés devant, l’un à gauche, l’autre à droite. Je me suis dit que le chaos arrivait, j’ai cru que la moto que j’avais à l’intérieur allait me venir tout droit dessus. Enfin, pour être honnête, j’ai cru que les deux allaient tirer tout droit. Alors j’ai tourné en gardant ma trajectoire normale et j’ai l’impression qu’il s’est juste retrouvé pris en sandwich entre les deux motos.”

Binder dit ne même pas avoir pris la mesure de ce qui se passait sur sa gauche : “Je savais qu’il y avait eu un petit contact avec Pecco, mais je ne savais pas que quelqu’un était tombé ou qu’il s’était passé quoi que ce soit. J’ai donc simplement continué ma course et l’équipe me l’a dit quand je suis rentré au stand.”

Quant à Marco Bezzecchi, il a lui aussi compris en voyant les images tout ce qui s’était passé dans ce virage. “Je l’ai vu après-coup, au début j’ai juste senti un gros coup dans le dos. Je n’ai pas tout de suite compris ce qui était arrivé mais évidemment, ensuite, j’ai vu le replay”, a-t-il expliqué.

“Ce qui s’est passé de mon point de vue, c’est que Binder est allé sur Marc dans le dernier virage et qu’ils se sont un peu touchés, puis sa moto s’est dérobée en milieu de virage. Du coup, il est sorti un peu plus lentement et je me suis retrouvé dans un sandwich avec Pecco et Binder. Pecco et moi on a tous les deux dépassé Binder dans la ligne droite, Pecco complètement et moi pratiquement.”

“Ensuite, j’ai freiné, j’étais à l’intérieur et j’ai essayé de les dépasser tous les deux. J’y suis arrivé, j’ai un peu élargi à la fin mais je pense que j’aurais terminé ce dépassement car c’est un virage qui a une trajectoire de sortie particulière. On peut sortir avec une trajectoire serrée comme large, et on arrive à garder la même vitesse dans les deux cas. Et puis, bon, en sortant, j’ai senti ce gros coup.”

Lire aussi :

Tout en estimant que Bagnaia n’avait “rien pu faire” pour l’éviter, le pilote VR46 a refusé de critiquer ouvertement la décision des commissaires : “Je ne veux pas trop m’exprimer là-dessus parce que chaque fois que je le fais, on me casse tout le temps les couilles, alors que les commissaires agissent.”

Des dépassements “pas du tout calculés”

Bagnaia, pour sa part, s’interroge sur l’agressivité de courses aussi courtes, cet accrochage ayant été précédé de bien d’autres contacts dans de premiers tours particulièrement animés. “Il faut dire que c’était un peu fou. Je n’ai fait que deux tours et un demi-virage et j’ai vu quatre ou cinq contacts”, a-t-il pointé.

“Disons que la stratégie était un peu au-delà de la limite”, poursuit-il. “J’étais cinquième, plus rapide que ceux qui me devançaient. Je cherchais juste à comprendre quand attaquer mais je n’ai pas eu le temps. Dans certaines situations, on a eu mal à attaquer parce que les pilotes qui sont devant commencent à prendre des trajectoires vraiment étranges. Disons qu’à la course sprint, les dépassements ne sont pas du tout calculés, on se jette et, au pire, on touche l’autre pilote et on élargit. C’est la stratégie et c’est difficile à gérer.”

Ce soir, le double champion en titre ronge son frein, alors qu’il affiche ce soir 42 points de retard sur Martín au championnat. “En sept courses, j’ai fini deux fois par terre à cause d’un contact, donc ça n’est clairement pas le meilleur début de saison. Mais je me dis tout le temps que la roue tourne pour tout le monde et qu’elle va tourner aussi pour nous”, souligne Bagnaia. “Demain, il va falloir partir mieux, essayer de passer d’autres pilotes, sortir tout de suite de la lutte animalière qui se crée dans cette phase-là et essayer de prendre mon propre rythme, qui est assez bon pour penser à gagner.”

Lire aussi :