À bientôt 35 ans, Aleix Espargaró dispute sa 20e saison dans les Grands Prix moto, un parcours souvent tortueux pour lui mais qui l’a mené à connaître le succès ces dernières années. Aujourd’hui au sommet de la vague avec une Aprilia qu’il a contribué à faire progresser pour en faire l’une des machines de référence du championnat, l’Espagnol admet néanmoins qu’il se pose des questions pour son avenir et, à la veille du quatrième Grand Prix de la saison, il est toujours en pleine réflexion.

Sa place est pourtant très enviée. On sait notamment que Fabio Quartararo a été pressenti pour rejoindre Aprilia, avec qui des discussions ont eu lieu avant que le Champion du monde 2021 ne décide finalement de renouveler avec Yamaha. Aujourd’hui, c’est le nom de Marc Márquez qui est évoqué, alimentant toujours plus de spéculations alors que ses récents succès ont par ailleurs boosté les chances de Maverick Viñales de rester et que d’autres pilotes encore lorgnent sur ce stand, à commencer par l’actuel duo de l’équipe satellite Trackhouse.

D’apparence calme face à ces questions, Aleix Espargaró explique ce jeudi, depuis le circuit de Jerez, que ces bruits de couloir sont tout sauf étonnants. “Il est normal qu’il y ait des spéculations parce que, d’une certaine manière, j’ai laissé la porte ouverte à une possible retraite”, concède-t-il. Mais il ajoute, catégorique : “Si je veux continuer, je continuerai.”

“Je pense que c’est normal”, réagit-il, interrogé sur les pilotes qui se disputent sa place, “et que c’est une bonne chose pour Aprilia que de bons pilotes veuillent venir dans notre équipe. Il y a quelques années, personne ne voulait venir. J’ai peut-être laissé entendre que c’était ma dernière année, mais je suis détendu. Si je veux rester chez Aprilia, je resterai, vous pouvez être tranquille.”

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Indéniablement, cependant, la retraite est une possibilité qui s’est immiscée dans son esprit et Espargaró ne cache pas que sa réflexion est réelle. “Je l’ai laissé entendre parce que la sensation que j’ai, c’est que je ne suis pas convaincu [entre continuer ou pas]. Vous savez que je suis une personne sans filtre, qui dit ce qu’elle pense. J’aurais pu me taire, mais je ne sais pas si je vais continuer. C’est normal qu’Aprilia et les autres pilotes bougent, parce que c’est une équipe officielle et, si je m’en vais, un pilote de haut niveau doit venir.”

“J’ai le sentiment que ce que j’ai fait est bien, j’ai d’autres préoccupations, le calendrier est toujours plus compliqué, les week-ends plus stressants… Je n’ai pas les idées très claires”, poursuit-il. “Je suis dans une période de ma vie qui est très heureuse, si bien que je ne m’inquiète pas de l’année prochaine. Je veux profiter de ma famille, de ce que j’ai : l’une des meilleures motos du monde, celle dont j’ai toujours rêvé. Je veux profiter du moment alors, non, je suis tranquille.”

Aleix Espargaró est aujourd'hui septième du championnat, à 17 points de son coéquipier.

Aleix Espargaró est aujourd’hui septième du championnat, à 17 points de son coéquipier.

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Tout en soulignant qu’une reconversion dans le cyclisme est “totalement exclue” malgré sa passion pour ce sport qu’il pratique à haute dose à l’entraînement, Aleix Espargaró ne peut qu’observer la sérénité trouvée par son frère, qui a quitté les courses brutalement en fin de saison dernière.

“L’année dernière, après sa blessure, mon frère Pol voulait à tout prix continuer à courir. Je voyais bien qu’il n’allait pas bien, mais il voulait continuer. Et maintenant, je le vois si heureux qu’on ne sait pas dans quelle mesure la balance penche d’un côté ou de l’autre. Je vais prendre mon temps et profiter au jour le jour”, conclut le pilote espagnol.

Ayant déjà évoqué la période qui fera suite au GP d’Italie, au mois de juin, Espargaró commence petit à petit à se fixer un délai pour prendre sa décision. “Je pense que les quatre prochaines courses − Jerez, Le Mans, Mugello et Barcelone, qui sont quatre courses mythiques et traditionnelles − seront calmes dans ce sens. Je ne suis pas pressé et Massimo Rivola a dit que, chez Aprilia, ils seraient les derniers à décider, donc il n’y a pas d’urgence. Il faut être calme et profiter des quatre courses les plus chouettes du calendrier. En fin de compte, ce sont les résultats qui donnent la force de prendre des décisions.”

Stimulé par la victoire de Viñales

Les résultats, justement, ont sans doute contribué à alimenter les doutes sur son avenir, du moins dans les commentaires extérieurs. Car Espargaró sort de deux Grands Prix compliqués, sur des pistes correspondant peu à ses goûts. Voir son coéquipier émerger au même moment, et même remporter enfin sa première victoire avec Aprilia, ne suscite cependant aucune amertume pour le vétéran du championnat. Au contraire, il veut voir comme un encouragement la récente performance de Viñales au Texas : “C’est très stimulant. J’ai eu beaucoup de coéquipiers au cours de ma carrière, et chaque année, ça a été comme un test. Ça n’a pas d’importance pour moi, je fais mon travail.”

“L’ambiance dans l’équipe était incroyable avant la victoire et elle est toujours incroyable aujourd’hui. Peut-être que Maverick est plus relax, parce qu’il courait après cette victoire depuis longtemps. Je pense qu’il le mérite, alors je suis content pour lui et, évidemment, pour l’autre côté du team parce que ça n’a pas été facile pour eux ces dernières années.”

“Il est clair qu’Austin et Portimão font partie des pistes les plus difficiles pour moi, alors je n’aurai pas d’excuses à Jerez. C’est un circuit sur lequel je suis normalement très rapide et l’Aprilia est assez bonne ici. On a fait le podium il y a deux ans et la pole position l’année dernière, puis je m’étais battu au sommet, alors j’espère pouvoir faire une bonne course ici. Et Maverick sera fort lui aussi. La moto fonctionne, alors quand la moto fonctionne, il n’y a aucun problème.”

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