Horner et Red Bull : les 10 chapitres d'un empire éclatant puis éclaté

Des vitamines pour un Jaguar moribond

À la fin de la saison 2004, Ford veut quitter la Formule 1 et cherche à revendre l’écurie Jaguar. Red Bull saute sur l’occasion et fait l’acquisition de la structure, récupérant également l’usine de Milton Keynes. Si à première vue l’investissement paraît modeste, l’ambition est en fait colossale. L’homme d’affaires Dietrich Mateschitz vaut bâtir une écurie capable de battre les plus grands constructeurs.

Misant sur la jeunesse, il confie les rênes du projet au jeune Christian Horner. Le Britannique n’a que 31 ans et une expérience qui se limite à sa propre équipe en formules de promotion, après avoir été un modeste pilote. C’est pourtant le point de départ d’une transformation radicale. 

Red Bull frotte la lampe du génie

Christian Horner a convaincu Adrian Newey dès le début.

Christian Horner a convaincu Adrian Newey dès le début.

Photo de: Steven Tee / Motorsport Images

Le 6 mars 2005, Red Bull Racing débarque en Grand Prix, à Melbourne, avec David Coulthard et Christian Klien comme pilotes. Si l’équipe fait déjà bonne impression en milieu de grille, elle marque surtout les esprits par son image jeune et impertinente, faisant souffler un vent de fraîcheur dans le paddock. Mais derrière ces apparences, pas question de jouer les figurants trop longtemps.

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Un tournant technique majeur s’opère fin 2005, quand Christian Horner part en quête d’un leader technique de premier plan. Au sommet de sa liste figure Adrian Newey, qu’il va parvenir à convaincre avec l’aide de David Coulthard. Déjà considéré comme un concepteur de génie, celui qui a fait gagner Williams et McLaren auparavant installe sa planche à dessin à Milton Keynes pour imaginer de nouvelles machines à gagner. 

La grande et la petite sœur

Parallèlement à son projet majeur, Red Bull veut faire les choses différemment en F1 et disposer de son propre système pyramidal. Un an après le rachat de Jaguar, Dietrich Mateschitz met la main sur Minardi et en fait le junior team de son écurie principale. Toro Rosso va se payer le luxe inattendu de gagner son premier Grand Prix avant Red Bull (à Monza en 2008) mais Christian Horner pourra y piocher ses futurs champions, à commencer par un Sebastian Vettel sur qui il mise dès 2009. 

Un changement de regard

Christian Horner célèbre son premier grand succès au GP de Chine, en 2009.

Christian Horner célèbre son premier grand succès au GP de Chine, en 2009.

Photo de: Sutton Images

Le 19 avril 2009 marque une date historique pour Christian Horner et Red Bull, quand Sebastian Vettel remporte le Grand Prix de Chine en emmenant, avec Mark Webber, un doublé inattendu. L’écurie entre dans le cercle des vainqueurs et prouve que son statut comme son image ont changé. Elle va même lutter pour le titre mondial mais il est trop tard pour mettre à mal l’avance prise par Jenson Button et Brawn GP.

Il n’empêche, l’équipe mise en place par Christian Horner accumule une expérience folle et se présente l’année suivante en capacité d’aller au bout de son rêve. Malgré une campagne tendue et indécise jusqu’à la dernière course, Sebastian Vettel remporte le titre mondial et Red Bull celui des constructeurs. C’est une consécration et un premier aboutissement cinq ans après la genèse du projet. 

Gagner malgré les cheveux blancs

Avec Sebastian Vettel, Red Bull enchaîne les succès au début des années 2010.

Avec Sebastian Vettel, Red Bull enchaîne les succès au début des années 2010.

Photo de: Steven Tee / Motorsport Images

Le premier titre mondial de Sebastian Vettel va en appeler trois autres. Le palmarès de la F1 de 2010 à 2013 fait état d’une domination écrasante de Red Bull sur la concurrence, avec une apogée très nette en 2013 avec la RB9, qui devient une référence d’efficacité aérodynamique autour du V8 Renault. Le pilote allemand enchaîne les records, néanmoins la période est marquée par des dossiers brûlants à gérer pour Christian Horner.

Le directeur de l’équipe doit maîtriser la guerre froide que se livrent ses deux pilotes, avec comme point d’orgue la fameuse consigne “Multi 21” à laquelle Sebastian Vettel désobéit au détriment de Mark Webber à Sepang, début 2013. Il y aura eu avant ça d’autres épisodes crispants, comme l’accrochage entre les deux hommes ou l’attribution d’un nouvel aileron avant, à chaque fois en 2010. Toujours, Christian Horner aura réussi à préserver l’unité de son équipe… et le chemin du succès tracé sur mesure pour son pilote maison. 

Le premier trou d’air 

Toute domination étant amenée à prendre fin, Red Bull vit son premier passage à vide lors du changement de réglementation moteur. L’adoption des unités de puissance hybrides se passe mal, le bloc Renault ne répondant pas aux attentes d’Adrian Newey. Malgré la prise de pouvoir de Mercedes, Christian Horner ne laisse pas l’écurie risquer la chute et la maintient parmi les top teams. Il fait aussi de Daniel Ricciardo un successeur solide à Sebastian Vettel, parti chez Ferrari, et l’Australien glane quelques victoires. 

Le flair pour porter Verstappen au sommet

Max Verstappen a donné raison à Christian Horner dès son premier GP !

Max Verstappen a donné raison à Christian Horner dès son premier GP !

Photo de: Andrew Hone / Motorsport Images

Malgré cette passe difficile, Red Bull tente toujours d’avoir un coup d’avance. Le giron autrichien se montre plus convaincant que Mercedes pour attirer dans ses filets le tout jeune Max Verstappen. Le Néerlandais est couvé, préparé, et lancé en Grand Prix chez Toro Rosso avant même sa majorité.

Quand, début 2016, Daniil Kvyat multiplie les contre-performances et les accrochages, Christian Horner n’hésite pas et va à contre-courant de ce qui se fait alors en F1. S’appuyant sur le modèle des deux écuries, il échange les baquets des deux hommes et officialise la promotion de Max Verstappen en cours de saison 2016.

Pari immédiatement gagnant puisque dès le premier Grand Prix, en Espagne, il s’impose en profitant de l’accident au départ entre Lewis Hamilton et Nico Rosberg avant de résister magistralement à la Ferrari de Kimi Räikkönen.

Scènes de ménage, divorce et remariage 

Entre Renault et Red Bull, des passes d'armes mémorables incarnées par Cyril Abiteboul et Christian Horner.

Entre Renault et Red Bull, des passes d’armes mémorables incarnées par Cyril Abiteboul et Christian Horner.

Photo de: Andrew Hone / Motorsport Images

Les premières saisons de l’ère hybride font monter la tension et les relations deviennent infectes entre Red Bull et Renault. Christian Horner et Adrian Newey mettent sur le compte du bloc de Viry-Châtillon l’incapacité à jouer constamment les premières places, arguant que le meilleur châssis du plateau n’est pas équipé d’un moteur à la hauteur. Les échanges sont bouillants et la ligne rouge trop souvent franchie, y compris publiquement.

Christian Horner fait alors le pari de s’allier à Honda malgré l’échec cuisant du motoriste japonais avec McLaren, utilisant Toro Rosso comme cobaye en 2018. Le Britannique, qui sait aussi être très politique, doit gérer devant la presse comme en coulisses la mauvaise entente avec Renault, et essuie tout de même un revers personnel quand Daniel Ricciardo choisit, en 2019, de quitter Red Bull pour… l’écurie d’usine du Losange. 

Le retour au sommet 

Christian Horner a ramené Red Bull au sommet en 2021.

Christian Horner a ramené Red Bull au sommet en 2021.

Photo de: Red Bull Content Pool

Le passage risqué au moteur Honda en 2019 s’avère toutefois gagnant. La fiabilité et la compétitivité de l’unité de puissance nippone progressent vite et ouvrent la voie à des succès de plus en plus fréquents de Max Verstappen.

En 2021, l’attelage est prêt à jouer de nouveau le titre. Red Bull fait plus que trembler Mercedes, qui vacille de son piédestal au cours d’une saison d’une intensité rare, sur la piste comme en dehors. Christian Horner joue alors le rôle qui est attendu de lui, peu importe si sa côte de popularité doit en pâtir, et en piste, Max Verstappen répond présent jusqu’au final à tout jamais polémique d’Abu Dhabi. S’ensuivent trois années de victoires grâce à une parfaite gestion du tournant réglementaire de 2022. 

La crise de la vingtaine 

Lunettes sur le nez ou documents brandis à l'appui, Christian Horner a imprimé son style dans la communication de crise.

Lunettes sur le nez ou documents brandis à l’appui, Christian Horner a imprimé son style dans la communication de crise.

Photo de: Carl Bingham / Motorsport Images

Début 2024 éclate ce qui deviendra “l’affaire Horner”, quand, pendant l’intersaison, le patron de Red Bull se retrouve accusé d’un comportement inapproprié envers une employée. S’il est blanchit en interne, son pouvoir est clairement affaibli par des luttes intestines qui éclatent au grand jour. Pourtant, Christian Horner ne se démonte pas et fait face, comme il l’avait fait lors d’un autre épisode difficile, deux ans plus tôt, après l’infraction commise par son équipe en dépassant le premier plafonnement budgétaire de l’Histoire de la F1 pour la saison 2021.

Convaincu de pouvoir tenir, ce qu’il fera pendant plus d’un an, il prépare l’avenir et acte le partenariat avec Ford tout en ayant supervisé la construction du premier département moteur de Red Bull. En 2026, non sans de grandes incertitudes à ce jour, les F1 de Milton Keynes utiliseront pour la première fois une unité de puissance maison, conçue sur le même site. Christian Horner ne sera plus là pour en mesurer la réussite ou l’échec. 

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